Voyage en noir et blanc

Maurice CUQUEL

Tirana 2006 vue par un architecte

 

Une politique haute en couleurs
Sur le plan urbain, architectural, artistique et social, le cas de TIRANA m'interroge en tant qu'architecte, en tant que prescripteur, en tant que citoyen et enfin, comme simple individu.
Il renvoie à notre situation française où l'industrie du bâtiment, le cadre administratif très réglé et les pratiques culturelles normalisent souvent le cadre de vie jusqu'à la banalité.

Chez nous, l'usage de la couleur en architecture est traditionnellement très modéré, à l'exception de quelques grands gestes comme le centre Pompidou. On préfère ici la sobriété des matériaux bruts et les tons pierres de l'architecture dite « d'accompagnement ». Toutefois, des rapprochements peuvent être fait avec l'habillage de certains grands ensembles lors de leur rénovation dans les années 80, ou avec l'architecture clinquante et « vulgaire » des centres commerciaux.
A Tirana, l'usage de la couleur s'explique, probablement, par l'urgence, la modestie des moyens, mais surtout la volonté de rupture politique (et artistique) avec l'héritage des constructions fascistes et staliniennes. D'autres pays de l'Est (Russie, Tchéquie, ...) ont réhabilité un patrimoine plus ancien qu'ils avaient malgré tout conservé ou restitué, renouant avec une tradition des couleurs vives.
A Tirana, c'est sur la pauvreté des bâtiments et de la mise en oeuvre que démarre ce traitement épidermique.
Souhaitons que la stabilité politique et démocratique trouve dans cette action un appui face aux désordre social et aux mafias, que le développement économique puisse prochainement s'exprimer avec plus de profondeur dans l'urbanisme et l'architecture et qu'enfin, la couleur traduise une réelle joie de vivre partagée.
Mais ne pourrait-on pas, dans une certaine mesure, nous souhaiter la même chose en France ?


Philippe PIEUX,
directeur du CAUE de Tarn-et-Garonne