Voyage en noir et blanc

Maurice CUQUEL

Cuba : les enfants du ring

Ils sont fragiles comme la liberté, fiers comme la révolution.
De leurs poings à peine formés, ils défient les règles de la précarité et s'autorisent le rêve. Pas seulement celui de hisser leur frimousse brune comme un Cohiba entre les douze cordes de la Finca du Wajay, la Mecque des boxeurs cubains, plutôt de gravir à coups de punch et d'upercut un Everest avec un s comme sport et un autre, en capitale cette fois, comme Social...

Etre jeune à Cuba et avoir un but, fusse d'enfiler les gants, c'est déjà voir plus loin que l'embargo, la faim et l'histoire en marche.

Felix, Alcide et leurs copains, en marchant sur les traces d'Hemingway dont le palmarès compte quelques mâchoires de pêcheurs, ont trouvé leur voie. Ils n'ont pourtant rien de ces monstres du ring, ni muscles à revendre, ni haine dans le regard. Au contraire, leurs membres, fins et aussi longs que le Malecon leur confèrent une fragilité et une pitié qu'ils n'acceptent pas.
Mais la boxe à Cuba, c'est avant tout une école de la vie. Les vertus de l'art pugilistique sont multiples. On les retrouve dans le combat social avec de l'abnégation, du risque, du courage, de la personnalité et un objectif. Dès lors qu'il s'agit d'un trait éducatif, comme à La Havane ou Santiago, elles se doublent d'hygiène de vie, d'une alimentation plus fournie, de respect de l'autre et de confiance en soi...
Maurice Cuquel, en caressant de son objectif ce phénomène cubain, illustre grandeur nature sa portée.
Dans un environnement dont les stygmates du "poids de l'héritage" sont révélateurs d'un état de crise, il apporte noir sur blanc une bouffée d'humble vérité. Celle de jeunes cubains en quête sur le ring d'un idéal qui n'admet pas les moyens.

Soutenez leur regard. Ils ne baisseront pas les yeux, pas plus que leur garde ! Le seul risque de cette exposition est d'en sortir KO debout, touché par un éclair de lucidité.


Alain BAUTE
Journaliste (La Dépêche du Midi)