Voyage en noir et blanc

Maurice CUQUEL

Birmanie : un ordre gardien de la paix - 2002

Que sait-on ici, vraiment, de la Birmanie ?

Que c'est un pays de jungles et de temples, de rizières et de fleuves, un pays d'Asie qui possède toutes ces choses faciles à vendre pour un professionnel du tourisme. Au détour d'un journal télévisé, on aura sans doute croisé aussi le visage d'Aung San Suu Kyi, fille prodigue d'un général assassiné avant d'avoir vu cette indépendance dont il fut l'un des artisans les plus regrettés aujourd'hui.

Revenue d'Europe où elle a étudié, mariée à un Anglais, la fille du général a fait et fait encore trembler les militaires au pouvoir en réveillant dans le cœur du peuple des rêves de liberté depuis longtemps confisqués. 

Les photographies qui sont présentées ici ne témoignent certes pas de l'oppression ; elles ne montrent pas le travail forcé des femmes et des enfants pour construire routes et chemins de fer ; elles ne suivent pas les populations déplacées pour faire place au pipeline de cette grande compagnie pétrolière ; elles ne s'arrêtent pas sur la répression sanglante exercée contre les ethnies de la périphérie ; elles ne disent pas non plus la peur de l'espion de l'intérieur, celui qui traque les mauvaises pensées et dénonce les trop pensants.

Au-dessus de toutes ces misères, les moines bouddhistes de Birmanie semblent ne laisser aucune prise à la méchanceté des puissants. Rien ne distrait ces hommes de l'étude obstinée de leurs textes, ni ne les détourne du chemin qu'ils se sont tracés, pas plus qu'apparemment ne les trouble l'image du terrible général Khin Nyunt surgissant ça et là sur une photo officielle, à la une d'un journal ou sur un écran de télévision.

Dans ce pays rompu par la dictature, pacifistes en terre militaire, les moines vivent imperturbables leur vie de moine, cuisinent dans de grandes marmites pour nourrir les pauvres, font construire des Bouddha géants, enseignent des disciples et cultivent leur paix intérieure.
Se pose alors à celui qui regarde, la question de savoir si cette force paisible recèle en quelque endroit une volonté de vaincre. Ou si au contraire, cette belle religiosité n'a d'autre effet que d'autoriser à s'abstraire. 

Daniel ADOUE Journaliste